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    Belaid Abdessalam, la bête noire des Français

    Belaid Abdessalam, la bête noire des Français



    La lutte pour l’indépendance économique lancée par le président Boumédiène sera incarnée par un seul homme : Belaid Abdessalam.

    Jouissant d’une totale confiance de Boumédiène après son passage à la tête de la nouvelle société pétrolière d’État, la Sonatrach, Belaid Abdessalam ne tarde pas à devenir la bête noire des autorités françaises. Il dirige en effet la délégation de son pays pour les négociations franco-algériennes, qui aboutissent en juillet 1965 à la signature de l’accord pétrolier donnant à l’Algérie une parité dans la gestion de ses hydrocarbures. Dans la foulée, il est nommé ministre de l’Industrie et de l’Énergie. Sa feuille de route est claire et tracée par des mots-clés : souveraineté économique, guerre contre le sous-développement, nationalisations et une industrie forte.

    Pour l’Algérie, ce besoin de développement implique une maîtrise de ses propres ressources naturelles et des différents leviers économiques qui se trouvent encore sous le contrôle direct de la France. Commence alors un bras de fer entre Paris et Alger. Chaque pays a ses vulnérabilités et ses atouts. Pour se mettre en ordre de bataille – non pas forcément contre la France, mais afin de mener la guerre du développement –, les nationalisations promises au congrès de Tripoli et dans la charte d’Alger sont amorcées. De toute évidence, les intérêts français sont les plus exposés.

    À ce poste, et surtout en tant que ministre, Belaid Abdessalam devient très vite le cauchemar des libéraux français. Juste après la cérémonie protocolaire de la remise des lettres de créance, au premier étage de l’Élysée, dans un climat détendu, le président Georges Pompidou dit avec un sourire au nouvel ambassadeur d’Algérie, Mohamed Bedjaoui : « Monsieur l’Ambassadeur, je sais que votre pays se plaint de certains de mes ministres. Vous savez que j’ai M. Giscard d’Estaing. Mais je sais que vous avez M. Abdesselam! »

    Le voilà clairement désigné du doigt, lui l’autodidacte en économie, intransigeant et intraitable avec les énarques et les polytechniciens français.

    Nationalisations


    Belaid Abdessalam, prend de nombreux risques, fonce et tente d’éviter tous les pièges, qui se révèlent être les plus redoutables et, à terme, les plus coûteux. Selon lui, le socialisme est une valeur sûre.

    Première prise de guerre significative : les mines, les banques et les assurances. Ces trois secteurs passent intégralement sous pavillon algérien en 1966. En tête des sites nationalisés figure celui de l’Ouenza, pierre angulaire de la politique d’industrialisation. Nichée au cœur des Aurès, c’est de cette mine que sera en effet extrait le fer acheminé au complexe sidérurgique d’Al Hadjar, à Annaba, fleuron des réalisations de l’Algérie indépendante. Un énorme projet totalement intégré.

    Belaid Abdessalam a un penchant pour les industries lourdes, souvent proposées avec financement à la clé par l’Union soviétique.

    Un ministre ultra-nationaliste, dirigiste et socialiste, gérant des dossiers sensibles avec de multiples contentieux.

    Belaid Abdessalam poursuit la nationalisation des intérêts étrangers, essentiellement français : 70 entreprises, les plus importantes et les plus prospères, sont désormais algériennes.

    Avec le plan triennal 1967-1969, le ministre de l’Industrie obtient pour son secteur la moitié des crédits prévus pour ce plan. Il est au faîte de son pouvoir. Sa consécration absolue interviendra à l’annonce de la nationalisation des hydrocarbures par Houari Boumédiène, le 24 février 1971. L’impensable s’est produit.

    La bataille du pétrole sera gagnée, mais la guerre continue.


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