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    Raïs Hamidou

    Raïs Hamidou




    En 1815, à la fin de la bataille navale opposant la flotte algérienne à la flotte américaine, le corps du célèbre amiral d’Alger Raïs Hamidou, fut immergé au large de Gibraltar.  Onze ans plus tôt, les Etats-Unis avaient voté le premier Naval Act de leur histoire.

    Comme le souligne Fernand Braudel, et bien avant lui Léon l’Africain, le brigandage et la course n’étaient pas l’apanage des seuls « Algériens » : tous les pays méditerranéens s’offraient des écumeurs des mers ; l’Espagne et la France tout comme la Grèce, l’Italie (Venise, Gênes, Naples, Palerme) et Malte avaient leurs hommes de main.

    Les corsaires « algériens », certes, avaient une réputation de redoutables brigands. L’un d’entre eux, qui sévit au 19e siècle, laissa son nom à la postérité, à travers une chanson populaire : « Hamidou resplendit d’orgueil, son cœur est plein d’allégresse ! Il ramène une frégate portugaise et son triomphe est éclatant ! Les mécréants sont vaincus et asservis. Il se rend au palais du sultan, traînant après lui esclaves nègres et chrétiens. » 

    C’est ainsi que l’homme fut chanté, et l’est encore dans la mémoire collective des plus anciens, de la Casbah à la pointe Pescade. C’est cette dernière, commune populaire, qui changera de nom après l’indépendance pour prendre celui du héros : Raïs Hamidou.

    Les hauts faits de guerre de Hamidou en ont fait la terreur des mers, de Tunis à Gibraltar.  Une terreur qui dure depuis le règne des frères Barberousse (16e siècle), et dont les nations chrétiennes mettront des siècles à se défaire :

    Pourtant, rien ne prédisposait Raïs Hamidou à la fonction : enfant, il fut apprenti-tailleur chez son père, mais sa passion du large, nourrie des contes et légendes des écumeurs des mers, le jeta dès l’adolescence dans l’aventure. D’abord mousse, il se fit très vite remarquer par son habileté et son caractère trempé. Le dey d’Alger lui confia une première mission, une course qui tourna court vers le cap Bon (Tunis), avant de lui donner une seconde chance. 

    En 1797, son nom est gravé pour la première fois dans les annales de la course, réunies dans le Registre des prises, où l’on peut lire : « La corvette de Notre Seigneur le pacha, commandée par le raïs Hamidou, a capturé un navire génois, ayant un chargement de potasse, le 22 moharrem 1212 [lundi, 17 juillet 1797]. » Moins de six mois plus tard, il récidive : « La corvette du raïs Hamidou et le chebec de Notre Seigneur, commandé par le raïs Tchelbi, ont capturé un navire vénitien chargé de drap, un navire génois et deux napolitains chargés de blé, lesquels ont été vendus à Tunis d’où leur produit a été envoyé à Alger. Est compris dans les présents comptes le prix des mécréants trouvés sur lesdits navires et dont le nombre était de 28. A la date du 15 du mois de djoumada 2e de l’année 1212 [mardi, 5 décembre 1797]. Le produit accusé est de 230 952 francs. » S’ensuivent d’autres prises : navires portugais, espagnols, français, italiens, siciliens, grecs, hollandais, suédois, danois, et même américains. 

    Deux décennies durant, la fortune continue à sourire au raïs. Jusqu’au jour où il reçut l’ordre de s’attaquer à la Bannière étoilée. Le raïs obtempère, et renouvelle la promesse faite à son dey le jour de son premier raté, où il perdit son embarcation au large du cap Bon (Tunis) : « Seigneur, ne regrettez pas votre chebec, je vous apporterai autant de navires qu’il avait de planches et autant de chrétiens qu’il avait de clous! »

    Les Etats-Unis d’Amérique avaient tenté plus d’une fois de forcer le passage de Gibraltar, en vain. Le 27 mars 1794, ils se résolurent à se doter d’une flotte considérable. Ce fut le premier Naval Act de leur histoire. En 1795, ils sont pourtant forcés de signer avec la régence d’Alger un traité de paix exigeant des Américains le paiement d’un tribut annuel (de l’ordre de 64 000 francs de l’époque). La clause sera respectée jusqu’en 1810.

    Deux ans plus tard, c’est la déclaration de guerre. Et en 1815, Raïs Hamidou se porte donc au-devant d’une flottille américaine, signalée au large de Gibraltar, et commandée par le capitaine William Bainbridge, celui-là même qui avait signé le traité de 1795. Notre corsaire, qui s’attendait à quelques galiotes, se retrouve ainsi face à toute une armada. Le raïs n’est pas homme à virer de bord devant le danger ni à trahir la confiance de ce dey à qui il doit sa fortune, lui, fils de tailleur berbère devenu le plus célèbre des émirs des mers. Mais voilà… La disproportion des forces était en faveur de l’ennemi, et aucun moyen de compter sur un quelconque renfort, car la plupart des croiseurs de la régence se trouvaient à mille lieues de Gibraltar.

    Son biographe nous raconte l’engagement :

    « Bientôt, la flotte signalée se trouva dans les eaux de la frégate algérienne, et quand il fut trop tard pour fuir, on reconnut le pavillon des Etats-Unis. 

    – Eh bien, Seigneur, dit le second à Hamidou, j’avais raison ! Ce sont des Américains. 

    – Je le savais aussi bien que toi, répondit le raïs, mais je ne pouvais fuir honteusement devant l’ennemi quand je suis sorti pour le braver. 

    Et, après avoir ordonné le branle-bas de combat, il dit en particulier à cet officier : 

    – Quand je serai mort, tu me feras jeter à la mer. Je ne veux pas que les mécréants aient mon cadavre.

    Lorsque les navires furent à portée de canon, une lutte des plus inégales s’engagea ; mais l’heure de Hamidou avait sonné, et la première bordée de l’ennemi le renversa inanimé, à son poste de combat. Conformément à ses instructions, son corps eut la mer pour tombeau […] Telle fut la fin héroïque de Hamidou. Ce trépas glorieux lui épargna la douleur de rendre aux mécréants cette frégate que jamais il ne voulut échanger contre l’une de celles qu’il avait conquises, et lui évita le chagrin d’assister, un an plus tard, à l’humiliation de sa patrie »

    C’est de cette année et jusqu’en 1860, que les Américains ont décidé de maintenir une escadre en mer Méditerranée. Cette présence se matérialisera à nouveau à partir de 1948 et jusqu’à nos jours avec la 6e flotte, basée à Gaeta, en Italie, au sud de Rome. 



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