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    samedi 17 octobre 2026

    Détournement de l'avion des dirigeants FLN. Le couple Oufkir-Hassan II mis en cause

    Détournement de l'avion des dirigeants FLN.  Le couple Oufkir-Hassan II mis en cause
    Oufkir et Hassan II (droite)


    Retour sur l'événement à l'occasion du 70ème anniversaire du rapt :  Octobre 1956 - Octobre 2026


    Selon les temoignages de Maurice Buttin dans " BEN BARKA, HASSAN II, De Gaulle.  Ce que je sais d'eux ", version enrichie, 2015.


    20 Octobre 1956, venu du Caire, Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed, Mohammed Boudiaf, Mohammed Khider et Mostefa Lacheraf se sont arrêtés à Madrid. De là, ils gagnent Nador au Maroc, accompagnés par le Dr. Hafid Ibrahim et Abderrahman Youssoufi. Accueillis à Tétouan par "Moulay Hassan" (futur Hassan II, ndr), le roi Mohammed V les reçoit solennellement à Rabat, le lendemain 21 octobre. 

    Mohammed V ne tient pas à aller à Tunis. Le Dr. Hafid le convainc de s’y rendre et lui conseille d’emmener les dirigeants algériens dans son avion personnel. Dans l’entourage du roi, toutefois, certains se posent la question de savoir si la France ne serait pas choquée de voir ces « chefs ennemis » emprunter l’avion royal. "Moulay Hassan" pense qu’il n’est pas possible d’y faire monter des révolutionnaires, qui en plus, ce sont des hommes qui luttent pour instaurer la République, de l’autre côté de la frontière ! 1. 

    Le roi Mohammed V part seul le lendemain, accompagné de quelques personnalités, dont les Drs. Hafid, Khatib, et A Youssoufi. Les dirigeants algériens partent de leur côté, accompagnés de trois journalistes, dont Eve Deschamps, correspondant au Maroc de France Observateur et Christiane Darbor d’Al Istiqlal 2.

    Deux itinéraires ont été prévus pour ce double vol Casablanca-Tunis. Comme par hasard, le deuxième avion est intercepté par des avions de chasse de l’armée de l’air française, basés en Algérie, qui lui intiment l’ordre de se poser à l’aéroport de « Maison-Blanche » à Alger 3.

    Mohammed V, en débarquant à Tunis, apprend l’événement de la bouche même de Bourguiba. Il en est catastrophé, voire pas rassuré pour lui-même quant à d’éventuels futurs déplacements ! Une question le tourmente : qui a trahi sa confiance ? Des militaires français, en la personne du colonel Touya, attaché à sa personne depuis Madagascar?4 Ou, des membres de l’entourage de son fils, qui a lui-même conseillé le départ des cinq dirigeants algériens dans un deuxième avion ?

    Me Jean-Louis Tixier-Vignancour5 évoquant le général Oufkir n’hésite pas à affirmer : « Nous lui devions la capture en octobre 1956 de Ben Bella et de ses compagnons du FLN ». Michel Droit fait aussi allusion à Oufkir dans son livre Les Clartés du jour 6 à l’occasion d’une discussion avec le président Ben Bella sur sa « capture » 7. Mehdi Ben Barka, pour sa part, n’hésite pas à accuser Oufkir d’avoir trahi les hôtes algériens, en liaison avec le colonel Touya… Mais, en accusant le couple « Oufkir-Touya », toujours au Palais, Ben Barka vise, indirectement, le réel patron d’Oufkir, Moulay Hassan.

    Colonel Touya (gauche) avec Hassan II
    Hassan II sous l'ombre du colonel Touya (gauche)


    Pour ma part, j’ai toujours pensé que, consciemment (sans doute) ou inconsciemment, en conseillant aux révolutionnaires algériens – qui n’étaient pas ses « amis », loin de là – de monter dans un deuxième avion, le prince signait leur rapt 8 ...

    Ainsi, Oufkir ou Moulay Hassan? Ou plus simplement, comme toujours, Oufkir pour Moulay Hassan? De 1956 à 1966, j’ai tellement entendu citer le nom d’Oufkir dès qu’il se passait quelque répression ou autre événement douteux! Mais, enfin, soyons clair : qui était le « patron » au Maroc, l’unique « patron », au lendemain de la mort de Mohammed V? Et qui oserait même méconnaître le rôle joué antérieurement par le prince héritier? 


    -------------------------------------------

    NOTES :

    1. Entretien de l’auteur avec le Dr. Hafid en septembre 2004. Confirmation m’a été donnée, le 29 octobre 2009, par le Dr. Cléret, médecin personnel de Mohammed V : « Moulay Hassan détestait Ben Bella et ses compagnons ».

    2. Ils ont pris place dans un DC3 de la compagnie Air Atlas, mis à leur disposition par le gouvernement marocain dont l’équipage – comme celui de l’avion du roi – est français. Ils sont salués au départ par Moulay Hassan, comme on peut le voir sur une photo parue dans Match, et reprise dans le livre Alain Decaux raconte, Ed. Perrin – 1981. Cette photo est quelque peu troublante…

    3. On saura par la suite que l’état-major de la Ve région aérienne a été mis au courant du vol par des agents du SDECE, service encore bien implanté dans l’ex-protectorat.  Selon le récit publié par J. R. Tournoux dans Secrets d’État, la Ve région a dès lors pris ses dispositions pour l’arraisonnement de l’avion. Elle a demandé le seul « feu vert » de Max Lejeune, secrétaire d’État aux forces armées… et obtenu l’approbation postérieure de Robert Lacoste, le « patron » à Alger. Mis devant le fait accompli Alain Savary démissionne. De même, Pierre de Leusse, ambassadeur de France à Tunis. Le président du Conseil français, Guy Mollet, informé à son tour, couvre, lui, quelques jours après, les exécutants du rapt.

    4. Où il est venu le chercher, missionné par le gouvernement français en octobre 1955.

    5. Dans son ouvrage Des Républiques, Des Justices et Des Hommes – Ed. Albin Michel. 1976. page 242.

    6. Ed. Plon – 1978, page 39.

    7. Il est encore question d’Oufkir dans L’Express du 26 mars 1982. Le journaliste Pierre Doublet interroge Ben Bella : « Des Marocains auraient-ils été pour quelque chose dans votre enlèvement ? « Oui, certains. Et je donne un nom : Oufkir. Mais le roi Mohammed V, bien sûr, est hors de cause. « Et dans son entourage ? Je n’en dirai pas plus… »

    8. Lors de mon dernier séjour à Madrid, à l’automne 2004, j’ai à nouveau interrogé le Dr. Hafid Ibrahim sur ce tragique événement qui, pendant des mois, a brouillé le Maroc et la France. Sa réponse, une nouvelle fois, a été formelle : « Ce manège voulu, sous un prétexte ou un autre par Moulay Hassan était clair. Immédiatement j’ai eu la prémonition que les cinq ne sortiraient pas indemnes de l’aventure, surtout lorsque des avions de chasse français, encadrant l’avion royal où nous avions pris place, ont demandé la liste des personnes à bord… Tu dois savoir que Moulay Hassan n’avait aucun intérêt direct à une solution immédiate en Algérie. Il recherchait beaucoup plus alors l’aide de la France et de l’armée française pour assurer la sécurité de la monarchie marocaine ». N’est-ce pas ce qui devait arriver à nouveau, quelques semaines après, dans « l’affaire Addi Ou Bihi » ?

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